Effectuer un signalement pour fiabiliser les données fiscales sur les logements vacants
Publié le mercredi 25 février 2026
Avec la mise en place de la nouvelle Taxe sur la Vacance des Locaux d'Habitation (TVLH) — prévue par la Loi de Finances 2026 et applicable en 2027 — la fiabilité des données d’occupation devient un enjeu budgétaire direct pour les collectivités (en particulier en zones tendues). Identifier les erreurs d’assiette de taxation en amont est désormais essentiel pour limiter les futurs dégrèvements à la charge des collectivités.
Cependant, la mise à jour des données à la source — c’est-à-dire dans les fichiers de la Direction Générale des Finances Publiques (DGFiP) — répond à des règles strictes qu'il convient de maîtriser.
1. Zéro Logement Vacant : un outil opérationnel de l’habitat
Il est important de rappeler que les éditions, portant sur l’occupation, effectuées par les collectivités sur la plateforme Zéro Logement Vacant (ZLV) ne sont pas automatiquement transmises aux services fiscaux.
Le système fiscal repose sur un régime déclaratif
La fiscalité française repose sur un régime déclaratif. C’est à dire qu’en matière de taxe sur la vacance des locaux d’habitation, par défaut, il est fait confiance au propriétaire. Ce dernier est tenu d’effectuer sa déclaration d’occupation sur le portail Gérer Mes Biens Immobiliers (GMBI).
Deux canaux de récolte de données d'occupation distincts
Les informations enrichies dans Zéro Logement Vacant par les collectivités servent à piloter les politiques locales de l'habitat (campagnes de contact, aides à la rénovation, observatoire local…) ; les informations ne sont pas récoltées dans le cadre de la politique fiscale nationale.
Si la plateforme permet de conserver une connaissance fine du terrain d'une année sur l'autre, ces informations n'ont pas d'impact direct sur l'établissement de l'impôt tant qu'elles ne font pas l'objet d'une démarche spécifique.
Les éditions des utilisateurs sont centralisées et conservées dans le temps
La plateforme Zéro Logement Vacant permet de constituer un observatoire local dynamique et collaboratif de la vacance au service de la politique locale de l’habitat.
2. Les CCID : une instance dédiée au bâti, non à l’occupation
Les Commissions Communales des Impôts Directs (CCID) et les Commissions Intercommunales des Impôts Directs (CIID) sont souvent perçues comme le lieu naturel d’échange sur la fiscalité locale. Toutefois, leur rôle est délimité :
- Elles interviennent principalement sur la morphologie du bâti (constructions neuves, démolitions, changements de consistance ou de destination, travaux d’amélioration…).
- Si une modification du bâti peut entraîner mécaniquement un changement d'état d'occupation (comme cela pourrait être le cas d’un logement devenu une ruine inhabitable), la CCID n'est pas l'instance compétente pour traiter les erreurs d'occupation courantes (un logement déclaré vacant alors qu'il est en location, par exemple).
3. Le signalement : la procédure de fiabilisation à la source
Pour corriger une donnée fiscale erronée, la collectivité doit engager une procédure de signalement auprès de la Direction Départementale des Finances Publiques (DDFIP).
Qu'est-ce qu'un signalement en matière de logements vacants ?
Il s'agit, pour la collectivité, de signaler un état d'occupation erroné au jour du fait générateur de l'impôt, soit au 1er janvier de l'année d'imposition.
En matière de logements vacants, le signalement peut porter sur un logement indument vacant (faux positif) ou, au contraire, sur un logement vacant non identifié comme tel (faux négatif).
Vérification de l'occupation au jour du fait générateur
Pour une année de taxation N, l'occupation est observée au premier janvier. Le jour du fait générateur de l'impôt est donc le premier janvier de l'année N.
Un logement dont l'occupation aurait évoluée entre le jour du fait générateur et le traitement de la donnée fiscale par la collectivité ne peut faire l'objet d'un signalement : ce n'est pas l'objet.
En effet, dans ce cas, le propriétaire est tenu de déclarer sur GMBI la nouvelle occupation. Cette dernière sera prise en compte lors de la prochaine année de taxation.
Le cas d'un logement vacant remis sur le marché locatif
Exemple : un logement vacant est mis en location le 3 mars 2024.
- Au premier janvier 2024, le logement était vacant depuis plus de deux ans. Le propriétaire l'a déclaré vacant sur GMBI lors du premier semestre 2024 (sur la base de son occupation au premier janvier).
- Le logement sera présent dans LOVAC 2025 et soumis à la taxe pour l'année 2024 (s'il est situé dans un territoire doté d'une taxe sur les logements vacants).
- Au moment de la mise en location, le propriétaire renseigne le changement d'occupation sur GMBI (ce qui est une obligation légale).
- Le logement ne sera pas présent dans LOVAC 2026, car l'occupation au premier janvier 2025 est "en location". Il ne sera pas taxé non plus sur la vacance.
- La collectivité qui s'aperçoit, courant 2025, que le logement présent dans LOVAC 2025 n'est pas vacant, ne peut le signaler. Car le logement est sorti de la vacance depuis le fait générateur de l'impôt.
- Si la donnée LOVAC — issue du fichier fiscal 1767BISCOM — indique qu'un logement est vacant alors que le terrain prouve le contraire, la collectivité doit démontrer que le local était occupé au 1er janvier de l'année de taxation.
- À l'inverse, un logement peut être absent du fichier LOVAC alors qu'il est vacant. Il faut s'assurer que la vacance dure depuis au moins un ou deux ans (selon la zone de tension) et qu'aucune condition d'exonération ne s'applique (bien inhabitable, mis en vente au prix du marché, ou occupé plus de 90 jours consécutifs).
En matière de THLV, les logements sont taxables dès qu’ils sont vacants :
- depuis plus d’un an, au premier janvier de l’année de taxation dans les zones tendues,
- depuis plus de deux ans, au premier janvier de l’année de taxation dans les zones non tendues.
Constitution d'un faisceau d'indices présumant l'occupation d'un logement
Un signalement ne peut se fonder sur une simple observation visuelle (volets fermés, défaut d'entretien...). Pour être recevable et éviter les contentieux entre les propriétaires et l'administration fiscale, il doit s'appuyer sur des preuves concrètes (liste non exhaustive) :
- Éléments de consommation : factures d'énergie ou d'eau montrant une activité ou, au contraire, une absence totale de consommation.
- Échanges écrits : courriers ou mails entre la collectivité et le propriétaire confirmant l'occupation du logement.
- Éléments concrets : boîte à clé, annonce de location courte durée...
- Incitation à la mise à jour : la démarche la plus efficace reste d'inviter le propriétaire à actualiser lui-même sa situation sur GMBI (mais cela sera pris en compte lors de la prochaine taxation, et ne permet pas de faire une reprise pour l’année N-1).
Ce que permet Zéro Logement Vacant en matière de signalement
1) Sur ZLV il est aujourd’hui déjà possible de renseigner une occupation qui diffère de celle des fichiers sources, mais aussi des documents qui alimenteraient le faisceau d’indices.
2) Il est également permis de faire la distinction entre un logement sorti de la vacance depuis la récolte de l’information (jour du fait générateur de l’impôt), et un logement qui n’était pas vacant au jour du fait générateur.
3) Enfin, la plateforme permet d'ajouter des logements vacants qui ne sont pas présents initialement dans les données fiscales.
Parcours d'un signalement de logement vacant par la collectivité
Une fois transmis, le signalement suit un circuit précis :
- Tri par la DDFIP : les services vérifient la solidité des preuves fournies pour limiter les risques contentieux.
- Instruction par le SIP : le Service des Impôts des Particuliers adresse un courrier d'information au propriétaire.
- Délai de contestation : le propriétaire dispose de 30 jours pour contester.
- Reprise fiscale : en l'absence de contestation, un "rôle supplémentaire" est émis. Actuellement, l'administration peut effectuer ces reprises jusqu'au 31 décembre de l'année suivant celle de l'imposition (N+1).
La fiabilisation des données est une tâche exigeante pour les services de la collectivité comme pour l'administration fiscale.
C’est pourquoi, il est vivement recommandé de sensibiliser en amont les propriétaires à l’importance de leur déclaration GMBI et de réserver les signalements aux déclarations volontairement erronées à des fins d’optimisation fiscale.
Les déclarations volontairement erronées ne sont pas des plus courantes. Il convient de ne pas généraliser ces pratiques.