Privilégier la proximité avec les propriétaires de logements vacants : l'action de l'ADIL 04/05 dans les Hautes-Alpes
Publié le vendredi 5 juin 2026
Un territoire de montagne confronté à un marché immobilier particulièrement tendu
La lutte contre la vacance comme solution face au manque de résidences principales ?
Dans les territoires de montagne, la question du logement est devenue un enjeu majeur. L'attractivité touristique, à l'origine de la mutiplication des résidences secondaires et des meublés de tourisme, qui s'ajoute à l'augmentation des prix des logements, rend extrêmement difficile l’accès au logement pour les habitants permanents et les travailleurs saisonniers.
Cette pression sur le parc disponible, dans un espace nécessairement contraint, pousse les collectivités à chercher à mobiliser les logements existants. Encore faut-il distinguer les logements réellement vacants de ceux qui sont mal identifiés dans les bases de données, et comprendre les raisons qui expliquent leur inoccupation.
C'est dans cette perspective que l'ADIL 04/05 a été missionée par la Direction Départementale des Territoires (DDT) des Hautes-Alpes. Sur les territoires des communautés de communes du Pays des Écrins, du Guillestrois-Queyras et du Champsaur-Valgaudemar, a été engagée une démarche ambitieuse visant à mieux connaître la vacance, comprendre ses causes et accompagner les propriétaires vers une remise sur le marché de leurs biens.
Une démarche de repérage initiée par la DDT des Hautes-Alpes
Le point de départ de l'action est un travail réalisé par la DDT des Hautes-Alpes à partir des données foncières et des outils développés dans le cadre de la lutte contre la vacance.
La DDT 05 a ainsi produit des cartographies permettant d'identifier les logements déclarés vacants sur les trois intercommunalités concernées. Ces supports ont servi de base aux échanges avec les élus locaux lors des réunions de lancement organisées au printemps 2024.
L'enjeu était d'abord de disposer d'une vision partagée de la vacance sur le territoire. Les données ont permis d'objectiver la situation et de cibler les secteurs sur lesquels agir en priorité. Pour les collectivités, ces cartes ont constitué un premier outil d'aide à la décision. Elles permettaient de visualiser la répartition géographique des logements vacants et d'engager un dialogue avec les communes concernées.
La première étape : fiabiliser les données LOVAC
L’ADIL04/05 s'est basée sur les données LOVAC issues de la plateforme Zéro Logement Vacant. Ces données ont permis dans un premier temps au juriste en charge de la mission d’avoir une vue d’ensemble sur le nombre, l’état, la durée de vacance et la localisation des logements vacants.
Cependant, une étape de fiabilisation des données était nécessaire afin de mettre à jour les informations, à travers deux moyens :
- des rencontres avec les élus des territoires concernés, afin d'obtenir leurs retours sur les logements identifiés ;
- un travail d'arpentage sur le terrain, afin d'observer l'état et la potentielle occupation des logements.
Fiabiliser les données grâce aux élus...
Les données présentes sur Zéro Logement Vacant constituent une base précieuse, mais elles ne reflètent pas toujours la réalité du terrain. C'est pourquoi l'ADIL 04/05 a organisé des rencontres avec les élus des communes concernées afin d'actualiser les informations issues des bases de données directement sur la plateforme.
Cette étape s'est avérée essentielle : certains logements identifiés comme vacants ne l'étaient plus, d'autres présentaient des situations particulières, connues localement. Les maires et les équipes municipales ont ainsi apporté une connaissance fine des propriétaires, de l'historique des biens ou encore des projets en cours.
Les élus sont en effet souvent les premiers observateurs des évolutions du parc de logements, et leur expertise a permis d'enrichir et de fiabiliser les données, afin de mieux comprendre les situations locales.
... et grâce à l'arpentage sur le terrain
Une fois les premières vérifications effectuées, l'ADIL a engagé un travail d'arpentage sur les communes.
Les logements repérés ont été observés afin de confirmer leur état de vacance et établir un premier diagnostic du bâti. Jardin à l'abandon, volets fermés, dégradation visible du logement, présence de boîtes aux lettres : autant d'indices qui ont permis de qualifier plus précisément les situations rencontrées.
Cette étape de terrain a permis de dépasser la simple analyse statistique et de préparer un accompagnement mieux adapté aux besoins des propriétaires. L'ensemble des observations ont pu être intégrées sur Zéro Logement Vacant, afin de mettre à jour les informations portant sur les logements et leurs propriétaires.
La seconde étape : aller-vers les propriétaires de logements vacants
Après la phase de fiabilisation des données, l’ADIL 04/05 est entrée en contact avec les propriétaires des logements identifiés comme vacants. L'expérience menée dans les Hautes-Alpes a confirmé que les courriers seuls produisent des résultats limités. Les échanges téléphoniques et les rendez-vous individuels se sont révélés en revanche particulièrement efficaces pour comprendre les freins à la remise sur le marché et accompagner au mieux les propriétaires dans la remise sur le marché de leurs logements.
Prendre contact avec les propriétaires...
Si un premier courrier a permis de faire connaître la démarche, c’est surtout le travail de prospection téléphonique qui a fait la différence. Grâce à des recherches complémentaires pour retrouver les numéros de téléphone des propriétaires, l’équipe est parvenue à établir un dialogue direct avec une grande partie d’entre eux.
Les échanges téléphoniques ont permis de mieux comprendre les raisons de la vacance, de répondre aux interrogations des propriétaires et de leur présenter les solutions existantes. Ils ont également été l'occasion de proposer un accompagnement individualisé et de construire, avec chaque propriétaire, un parcours adapté à sa situation et à celle de son logement.
... pour mieux les accompagner
L'expérience menée dans les Hautes-Alpes confirme que les courriers seuls ont produit des résultats limités. Les échanges téléphoniques et les rendez-vous individuels se sont révélés en revanche particulièrement efficaces pour comprendre les freins à la remise sur le marché.
Au fil des entretiens, trois grandes problématiques ont émergé régulièrement :
- la nécessité de réaliser des travaux de réhabilitation ;
- les réticences liées à la location ;
- les situations successorales complexes.
Pour chacune de ces situations, l'ADIL a mobilisé son expertise juridique et oriente les propriétaires vers les dispositifs ou partenaires adaptés. Le suivi des échanges avec les propriétaires et de l'évolution de la situation des logements a pu être effectué sur la plateforme Zéro Logement Vacant.
Des résultats qui confirment l'intérêt de l'accompagnement de proximité mené par l'ADIL
Au total, l'étude a permis d'identifier 785 logements réellement vacants sur les trois territoires concernés, répartis ainsi :
- 130 logements dans le Pays des Écrins ;
- 270 logements dans le Guillestrois-Queyras ;
- 385 logements dans le Champsaur-Valgaudemar.
Au-delà du diagnostic, l'action menée a débouché sur des résultats tangibles : 175 logements ont déjà été remis sur le marché depuis le lancement de l'opération. Ainsi, les résultats observés démontrent qu'entre 20 % et 30 % des logements réellement vacants peuvent être mobilisés lorsqu'un accompagnement structuré est proposé aux propriétaires :
- 28 % dans le Pays des Écrins (37 logements remobilisés sur 130) ;
- 22 % dans le Guillestrois-Queyras (60 logements remobilisés sur 270) ;
- 20 % dans le Champsaur-Valgaudemar (78 logements remobilisés sur 385).
Cette expérience révèle que la vacance est souvent liée à des problématiques plus profondes : état du bâti, transmission patrimoniale, difficultés administratives ou manque d'information sur les dispositifs existants.
Au-delà des chiffres, l'expérience met surtout en évidence que la vacance est rarement un simple problème de disponibilité du logement. Elle résulte souvent d'un ensemble de facteurs techniques, juridiques et humains qui nécessitent un accompagnement individualisé.
Une alliance entre données, terrain et accompagnement qui a permis la remobilisation
L'expérience conduite dans les Hautes-Alpes montre qu'aucun acteur ne peut agir seul sur la vacance.
Grâce au travail mené conjointement par la DDT 05, les collectivités locales et l'ADIL 04/05, 175 logements vacants sur 785 identifiés ont été remobilisés.
Les données produites par les services de l'État ont permis de procéder à l'identification des logements vacants, complétée par le travail des collectivités qui ont apporté leur connaissance du terrain, tandis que L'ADIL a assuré le lien avec les propriétaires et la construction de solutions adaptées.
C'est cette complémentarité entre expertise, connaissance locale et accompagnement humain qui a permis de transformer une base de données en 175 logements remis sur le marché.
Contact à l'ADIL 04/05 :
Maximilien VIGNON - Juriste
juriste0504@adil05.org